PKT : Merci Marc Maury de nous accorder cette interview. Tous fans de tennis qui se respecte connait votre voix qui court dans les allées de Roland Garros mais aussi à Bercy, Monte Carlo, Marseille ou encore à l’Open GDF Suez.
Racontez-nous votre parcours, qui se cache derrière cette voix?
MM : Sur le tennis, ça a commencé en 1994, avec le grand prix de tennis de Lyon. En 1993, l’ATP fait le constat que les joueurs sont trop protégés et qu’ils en font de moins en moins avec le public. Il y a un besoin de lancer quelque chose de plus « sympa » pour ce public. Comme il n’y avait que les médias en face d’eux, l’ATP a décidé de mettre plus d’animations lors des matchs : ainsi il a été autorisé de mettre de la musique et de pouvoir présenter les joueurs d’une certaine façon – ce qui était interdit avant. Et de pouvoir même rentrer sur le court avec eux, ce qu’on ne faisait pas avant, notamment pour faire des interviews.
J’ai donc été, avec Gilles Moretton, le 1er précurseur de cela, au grand prix de tennis de Lyon dès que la règle a été autorisée : donc Lyon en octobre 1994, la semaine qui a suivi à Bercy s’est trouvé intéressé par le concept et la même année à Lyon il y avait l’organisateur de Monaco et l’organisateur de Marseille qui se sont lancés également.
A partir de là tous les tournois l’ont fait. Et à Roland Garros, on ne met pas de musique car il y a plusieurs courts et ça risquerait de gêner.
PKT : Vous côtoyez les plus grands champions dans des moments tout particulier, racontez-nous des anecdotes croustillantes :
MM : Y’en a des très sympas, y’en a des moins sympas.
Au début, c’était pas évident parce qu’aller faire des interviews alors que les joueurs n’étaient pas habitués à voir ça sur le court, c’est à chaud devant le public, il y en a forcément qui étaient « écorchés vifs », c’était un peu difficile.
Mais je me souviens d’Ivanisevic qui me voit arriver avec 2 micros dans la main, un pour lui un pour moi, qui n’était pas au courant qu’il y avait une interview. Il me regarde et me lance des « éclairs » de mécontentement et pendant les 2 min d’interview j’étais extrêmement tendu et les questions n’étaient que gentilles (rires).
Marc Rosset à Bercy 1994, qui avait abandonné à Stockholm la semaine d’avant : à la suite de sa 1re victoire, ma 1re question est : « j’ai l’impression que ça va beaucoup mieux et que tu as retrouvé la santé?« . Et là sa réponse est instinctive, après on est devenu très très ami, mais sur le coup il me répond « je crois que ma santé n’intéresse personne ! « . Et en lançant cette phrase là il s’est mis le public à dos, ça sifflait de partout et là on s’est quand même demandé si cette idée d’interviews était bonne ou pas.
J’ai donc été voir les joueurs les uns après les autres pour essayer de discuter avec eux et les prévenir pour que ce soit clair que ce sont des questions qui leur offrent l’opportunité de s’adresser au public en direct, que celui-ci puisse entendre votre voix. C’est quelque chose de plus pour ces gens qui viennent et qui paient des places assez chères.
Aujourd’hui, ça y est, c’est rentré dans les moeurs. Il n’y a plus de joueurs qui réagissent mal. Les nouveaux joueurs s’y plient à partir du moment où les 1ers mondiaux le font sans problème.
Un joueur a pourtant refusé pendant longtemps, un joueur français, Olivier Delaitre. Il ne voulait pas du tout il avait peur de ses réactions donc il avait pas du tout envie de répondre. Et en 1996, il joue la Coupe Davis aux États-Unis, il fait un bon match en double. Il revient en France et gagne son 1er match à Marseille et là je rentre sur le court et il éclate de rire. Il était obligé de répondre et ça s’est bien passé.
PKT : Y-a t-il des joueurs pour lesquels vous avez des recommandations particulières ?
MM : Non pas du tout. Si les joueurs se sentent respectés, il n’y a aucune raison de pas dire ce qu’il faut dire. Si quelqu’un a fait quelque chose de mal, je ne vais pas non plus appuyé dessus. Ce n’est pas le but, le but est de mettre un peu les joueurs en valeur. Maintenant, si un joueur perd un certain nombre de finales consécutives, on va le dire parce que ça n’est pas si négatif que ça. C’est dans sa fiche, ça fait partie de son palmarès.
Encore une fois ce qu’il faut c’est être respectueux parce que moi aussi j’ai besoin qu’il le soit vis à vis du public. Le public a besoin de voir un joueur agressif et combatif sur le terrain, mais une fois que c’est fini ils ont besoin de voir aussi quelqu’un d’humain. Et s’il y a besoin d’aide, on peut le faire.
PKT : Vous êtes une encyclopédie du tennis aujourd’hui, quels sont vos pronostics pour la saison 2013 et pour Roland Garros notamment?
MM : Pour Roland Garros, moi je pense que on va avoir une indication de l’état de forme de Nadal sur les tournois en Amérique du Sud. Faut pas attendre que Nadal revienne tout d’un coup au très haut niveau en tournoi car il a été éloigné trop longtemps, la blessure a été apparemment grave, il a pas les bonnes sensations – il le dit. Donc le vrai test pour Nadal ça sera à Monaco, là où il est invincible, il n’y a perdu qu’une fois. J’ai en tout cas hâte de lui en parler, de le retrouver, de le revoir. C’est le gros point d’interrogation sur 2013.
Après, ce que je souhaite est qu’un français arrive à être performant à Roland Garros . J’adorerai ça, parce que ça fait tellement longtemps ! On a une génération qui est fabuleuse chez les garçons, qui fait que l’on a qu’une envie, c’est qu’il y en ai un qui aille jusqu’au bout comme Yannick (ndlr : Yannick Noah) bien sûr. Ça peut être Jo (ndlr : Tsonga), ça peut être Gaël (ndlr : Monfils), pourquoi pas Richard (ndlr : Gasquet). Tout est ouvert, il y a de la place. Pour gagner un Grand Chelem, il faut être très fort évidemment mais il faut aussi des circonstances et un peu de chance.
Si c’est pas ce Roland, ça sera l’année prochaine, mais je pense que cette génération-là va amener un champion.
PKT : Merci beaucoup pour cette interview passionnante, sur ce côté du tennis dont on parle si rarement. Et une dernière chose, spéciale pour nous : Rafa Nadal revient sur le court, vous pouvez l’annoncer ?
MM : (rires) « Et le retour de Rafaël Nadal« . Ça sera dit comme ça !


















